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JEUDI 4 OCTOBRE

18h00 | CINÉMATHÈQUE DE TANGER
○ Inauguration avec l’équipe du festival et ses partenaires
Lecture musicale : Tanger, mon amour
Philippe Pigeard accompagné par le Mâalem Abdallah El Gourd de Dar Gnawa et ses musiciens

Comment ouvrir ces Correspondances si ce n’est en évoquant Tanger ? Car, comme le rappelle Philippe Pigeard, « Tanger est une ville-culte pour de nombreux artistes. Écrivains, musiciens, poètes, peintres et réalisateurs y sont venus en nombre, attirés par ce point de bascule entre l’Orient et l’Occident, fascinés par la légende qui entoure le nom Tanger. Une légende alimentée par leurs récits, leurs œuvres, leurs correspondances, leurs fantasmes. Tout un corpus qui a peu à peu donné naissance à un autre Tanger, un Tanger mythique, souvent méconnu des Tangérois. »
Poéte et musicien, leader d’un groupe qui porte le nom même de la ville – Tanger –, et accompagné d’Abdallah El Gourd et des musiciens tangérois de Dar Gnawa, Philippe Pigeard proposera donc « un portrait de Tanger depuis les écrits qu’elle a inspirés aux artistes de passage qui l’ont peuplée pour un temps, le temps d’un dérèglement, le temps d’une œuvre, le temps d’une vie. »
Une rencontre inédite entre deux mondes sur les chemins d’un territoire littéraire en permanente recomposition.

ENTRÉE LIBRE

 

19h00 > 20h00 | CINÉMATHÈQUE DE TANGER
Rencontre-débat : L’écrivain et la politique
Juan Goytisolo & Ali Benmakhlouf
Modérateur : Omar Berrada

On connaît les engagements d’un écrivain et d’un homme tel que Juan Goytisolo. Ses textes sur la Tchétchénie ou sur le siège de Sarajevo ont fait date, ainsi que sa contribution à l’inscription de la place
Jamaâ El Fna au patrimoine immatériel de l’humanité ou son long combat contre une conception de l’Espagne comme terre catholique cultivant la pureté de son sang au mépris de l’histoire. Mais on oublie trop souvent que le rapport d’un écrivain à la politique se joue surtout au niveau de l’écriture. Juan Goytisolo est l’auteur de nombreux livres dans lesquels la dissidence littéraire est un combat politique. En cultivant l’ambiguïté et la polyphonie, en multipliant les « anomalies magnifiques », en fragmentant l’identité des personnages, en faisant remonter à la surface le substrat arabe de la langue espagnole, en rompant les enchaînements temporels, en refusant, en somme, le style social-réaliste, Goytisolo fait triompher une écriture hérétique qui fait sans cesse appel à l’imagination et à la réflexion du lecteur.
Ali Benmakhlouf qui, à la manière d’un Montaigne auquel il a consacré un livre, a érigé la pratique philosophique en mode de vie, nous aidera à prendre du recul dans cette réflexion sur les rapports toujours à réinventer entre l’écrivain et la politique.
À lire : Ali Benmakhlouf, C’est de l’art, et Vous reprendrez bien un peu de philosophie. Politiques, tous deux parus chez DK éditions, à Casablanca, en 2011.
Juan Goytisolo, Tradition et dissidence, et L’Espagne et les Espagnols, tous deux parus aux éditions À plus d’un titre en 2012.

ENTRÉE LIBRE

 

21h30 > 23h00 | CINÉMATHÈQUE DE TANGER
Lecture musicale : Cantique des cantiques
& Hommage à Mahmoud Darwich

Rodolphe Burger, Mehdi Haddab, Yves Dormoy, Ruth Rosenthal, Rayess Bek

L’histoire de ce spectacle commence en 2001. Alain Bashung demande alors à son ami musicien Rodolphe Burger d’imaginer une intervention pour sa cérémonie de mariage. Celui-ci fait d’abord le choix du Cantique des cantiques – ode mystique et charnelle à l’amour – dans la toute nouvelle traduction d’Olivier Cadiot. Il réalise ensuite une mise en musique pour porter la lecture que les époux effectueront. L’événement privé donne lieu à un disque. Jean-Luc Godard le découvre et l’envoie aussitôt à son ami Elias Sanbar, éminent intellectuel palestinien et traducteur de Mahmoud Darwich. Sanbar écoute l’enregistrement et pense immédiatement à « S’envolent les colombes ». Grâce à un ami commun, il prend contact avec Rodolphe Burger et ils évoquent ensemble un travail musical autour du Cantique et de Darwich.
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Le spectacle qui en résulte est la mise en miroir de deux textes d’une incroyable proximité mais aussi un double hommage : à Darwich bien sûr, disparu en 2008, et à Bashung qui nous a quitté en 2009.
Dans une première partie, le Cantique est repris dans une version remusicalisée où deux voix se mêlent, en français et en hébreu. Lui répond une déclamation en musique de « S’envolent les colombes ». Les images diffusées sont tirées du film de Jean-Luc Godard, Notre musique.
Coproduction : Compagnie Rodolphe Burger Scène Nationale de Sète et du Bassin de Thau Wart
La Compagnie Rodolphe Burger est soutenue par le Ministère de la Culture – DRAC Alsace et le Fonds de dotation Agnès b.
Production déléguée : Scène Nationale de Sète et du Bassin de Thau
À lire : Le Cantique des cantiques, in La Bible, traduction d’Olivier Cadiot et Michel Berder, Bayard, 2001.
Mahmoud Darwich, « S’envolent les colombes », traduction d’Elias Sanbar, in La Terre nous est étroite, Gallimard, coll. « Poésie ».

BILLETTERIE : 50 dh

 

Jeudi 4
►Vendredi 5
Samedi 6
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VENDREDI 5 OCTOBRE

16h00 > 17h00 | CINÉMATHÈQUE DE TANGER
Projection de The Tangier 8

En présence de Sarah Riggs

En Juin 2009, l’association inter-artistique Tamaas a invité à Tanger huit poètes et réalisateurs de France, du Mexique, du Liban, des États-Unis et du Maroc. Ces quatre duos réalisateur-poète ont collaboré pour créer des ciné-poèmes expérimentaux en Super 8, à partir de textes originaux. L’une des contraintes imposées par l’exercice était celle du temps : ils n’avaient que quatre jours pour filmer, quatre jours pour enregistrer le son et quatre jours pour réaliser le montage de leur film. Les duos d’artistes se sont inspirés de la ville de Tanger, son histoire, son architecture, ses habitants et sa politique, mais s’inspirèrent aussi mutuellement. Chaque œuvre est indépendante et peut être visionnée seule, mais visionnés ensemble ils prennent sens en tant qu’œuvre collective.
○ Ivan Boccara (France/Maroc) + Carla Faesler (Mexico) : Road Marine
○ Akram Zaatari (Liban) + Liliane Giraudon (France) : Les Arabes aiment les chats
○ Natalia Almada (Mexico) + Peter Gizzi (États-Unis) : Threshold Songs
○ Jem Cohen (États-Unis) + Luc Sante (Belgique/États-Unis) : Le Bled (Buildings in a Field)
Durée totale : 41 minutes.
Une production Tamaas (www.tamaas.org), avec le soutien de la Cinémathèque de Tanger.

ENTRÉE LIBRE

 

In June 2009, Tamaas, an international non-profit arts organization, invited eight poets and filmmakers coming from France, Lebanon, Mexico, Morocco, and the United States, to Tangier. These four poet-filmmaker pairs collaborated using Super 8 film and writing original text to create these experimental “film-poems.” Working under tight time constraints (they had just four days to film, four days for sound, and four days for editing), the artists took inspiration from the city of Tangier (its history, architecture, people, politics), as well as from each other, to produce these short film-poems. Each work is independent and can be viewed alone but presented in one screening the four come together as a whole.
○ Ivan Boccara (France/Morocco) + Carla Faesler (Mexico): Road Marine

○ Akram Zaatari (Lebanon) + Liliane Giraudon (France): Les Arabes aiment les chats

○ Natalia Almada (Mexico) + Peter Gizzi (USA): Threshold Songs
○ Jem Cohen (USA) + Luc Sante (Belgium/USA): Le Bled (Buildings in a Field)
Running time: 41 minutes
A Tamaas Production (www.tamaas.org), in collaboration with the Cinémathèque de Tanger

FREE ENTRANCE

 

17h00 > 18h30 | DÉLÉGATION DE LA CULTURE
○ Conversation : Littérature et marché éditorial
Juan Francisco Ferré & Juan Goytisolo
(en espagnol)
Modérateur : Juan Asis Palao

Juan Goytisolo et Juan Francisco Ferré sont tous deux romanciers, espagnols et talentueux mais ce n’est pas uniquement pour cela que nous avons choisi de la réunir pour cette rencontre. Un texte de François Monti – traducteur du dernier livre de Ferré, nous amène à envisager des motifs plus satisfaisants : « La Fête de l’âne [roman de Juan Francisco Ferré] aurait en fait pu être un Bildungsroman : on y suit Gorka dans la découverte de son amour profond de sa région, l’éveil de sa conscience nationale, les rencontres et les moments qui le feront basculer de la simple militance politique à l’activisme terroriste. Mais Ferré n’est pas de cette école-là : s’il faut lier ce livre à une certaine tradition, on ne peut s’empêcher de nommer Robert Coover et Juan Goytisolo.
Lorsque Juan Francisco Ferré applique les mêmes tactiques à démonter les modes particuliers de créations de légendes nationalistes et le mode de fonctionnement interne du mouvement, on ne peut s’empêcher de penser à Goytisolo, plus particulièrement à sa trilogie Alvaro Mendiola, dans laquelle il remettait en cause l’historiographie officielle de l’Espagne franquiste et tous les signes d’identité que l’Espagnol s’attribue généralement. Ici, les questions de soutien populaire, de grand mouvement national, l’idée même de douce patrie verdoyante, d’un paradis qu’on retrouvera une fois le colonisateur, l’oppresseur expulsé sont laminés dans des chapitres extraordinaires.
La Fête de l’âne est un livre replet de codes, radical dans sa façon d’aborder des thèmes qui font mal, jouissifs de par l’évidente gourmandise langagière, aussi hilarant que perturbant. Juan Goytisolo – qui a d’ailleurs écrit une préface au roman – a identifié Ferré comme un des meilleurs écrivains apparus en Espagne ces vingt dernières années. Je ne pense pas qu’il se trompe. »
Au-delà de quelques ressemblances factuelles, un même esprit littéraire et politique semble guider le plus jeune auteur, figure marquante de la nouvelle génération d’écrivains ibériques et celui que l’on considère comme l’un des plus importants écrivains espagnols.
► Le texte de François Monti, traducteur de Ferré, est paru sur le site fricfraclub.com, sous le titre « La fête de l’âne basque ».
À lire : Juan Francisco Ferré, La Fête de l’âne, traduit par François Monti, préface de Juan Goytisolo ; Providence, traduit par François Monti. édition Passage du Nord-Ouest.
Juan Goytisolo, Don Julian, traduit par Aline Schulman, éditions Gallimard ; Jean sans terre, traduit par Aline Schulman, éditions du Seuil ; Pièce d’identité, traduit par Maurice-Edgar Coindreau, éditions Gallimard.

ENTRÉE LIBRE

 

Juan Goytisolo y Juan Francisco Ferré son dos novelistas, españoles y talentosos. No son éstas las razones que nos han impulsado a reunirlos en este encuentro. Según el traductor al francés de Ferré, motivos aún más satisfactorios deben tenerse en cuenta:
« Cuando Juan Francisco Ferré aplica las mismas técnicas para desmontar los singulares modos de creación de mitos nacionalistas y el modo de funcionamiento interno [del movimiento independentista vasco], pensamos inevitablemente en Goytisolo y más todavía en su trilogía Álvaro Mendiola, en la que pone en duda la historiografía oficial de la España franquista y todas las señas de identidad que, en general, el español se atribuye.
Aquí, cuestiones tales como el apoyo popular, el gran movimiento nacional, la idea misma de una patria dulce y verde, de un paraíso que reencontraríamos une vez expulsados el colonizador y el opresor, son laminadas a través de extraordinarios capítulos. »
La última novela de Ferré, La Fiesta del Asno, prosigue, « es radical en su forma de abordar temas que duelen, regocijante gracias a su evidente glotonería lingüística y tan hilarante como perturbadora.
Goytisolo, quien además ha prologado la novela, identifica a Ferré como a uno de los mejores escritores aparecidos en España en estos últimos veinte años. No creo que esté equivocado. »
Mas allá de ciertas semejanzas identificables, un mismo espíritu literario parece guiar al más joven, figura de proa de la nueva generación de escritores ibéricos y a quien se considera como uno de los más importantes escritores contemporáneos españoles.
Recomendamos : Juan Francisco Ferré, La Fiesta del Asno, DVD Ediciones, 2009.

 

17h30 > 18h30 | CINÉMATHÈQUE DE TANGER
Lecture musicale : Des Vies d’oiseaux
Véronique Ovaldé, accompagnée par Philippe Pigeard (du groupe Tanger).

Villanueva, 1997 : Gustavo Izzara rentre de vacances et appelle la police pour qu’elle vienne constater que sa somptueuse villa a été cambriolée. Chose étrange, rien n’a été dérobé et les intrus sont apparemment familiers des lieux. En commençant à mener l’enquête, le lieutenant Taïbo découvre l’omission volontaire de Vida Izzara : leur fille, Paloma, a disparu peu de temps avant. Ensemble, ils partent à la recherche de celle-ci, et Vida croit deviner la raison de sa fuite : la prise en horreur de la vie exsangue et conventionnelle qu’elle et son mari lui offraient. Quatre personnages dont les trajets se croisent sans cesse, autant de façons d’éprouver l’amour et la liberté.
Philippe Pigeard, leader du groupe Tanger, poète, écrivain et musicien, a composé en quelque sorte la bande-son du livre et accompagnera l’auteur durant sa lecture.
► À lire : Véronique Ovaldé, Des vies d’oiseaux, éditions de l’Olivier, 2011.

ENTRÉE LIBRE

 

19h00 > 20h30 | CINÉMATHÈQUE DE TANGER
Discussion : En l’absence d’Ahmed Bouanani
David Ruffel, Omar Berrada et Touda Bouanani
Projection de courts-métrages : Mémoire 14 (1970) et 6 et 12 (1968)
Présentation en avant-première de la nouvelle édition du roman d’Ahmed Bouanani, L’Hôpital

C’est seulement en son absence que nous pourrons désormais parler d’Ahmed Bouanani et de son œuvre.
Cinéaste, écrivain, poète, dessinateur, il est certainement un artiste et un intellectuel marocain aussi essentiel que méconnu. Né à Casablanca en 1938, il appartient à la génération qui dans les années 1960 a cherché à produire un art « décolonisé » et ancré dans la culture marocaine, tout en restant synchrone avec la modernité artistique mondiale.
Le travail qu’il accomplit, dès son retour au Maroc après des études à l’IDHEC, le conduit à une redécouverte et une réappropriation de la culture marocaine populaire qui va irriguer toute son œuvre. La colonisation, la résistance à celle-ci, seront dès lors au centre des textes qu’il livre à la revue Souffles comme des films qu’il réalise : Tarfaya ou la marche d’un poète (1966), Les Quatre Sources (1977), Sidi Ahmed ou Moussa (1972) ou bien encore Le Mirage (1979) – son seul long-métrage. Poèmes fulgurants, à l’écriture cinématographique radicale et accomplie, ces films font entrer le cinéma marocain dans la modernité.
Mais sa contribution ne s’arrête pas là et, en présence de sa fille, Touda Bouanani, ainsi que d’Omar Berrada et David Ruffel, qui ont co-dirigé l’édition du roman d’Ahmed Bouanani, L’Hôpital (aux éditions Verdier pour la France et chez DK éditions pour le Maroc), c’est aussi bien de l’absence d’un auteur que de la nécessaire présence de son œuvre multiforme qu’il sera question.
Deux courts-métrages seront en outre présentés : Mémoire 14 (1971) et 6 et 12 (1968).
Dans le premier, la question centrale chez Bouanani de la mémoire collective prend une dimension plus historienne et, il utilise et détourne des images produites par le cinéma colonial pour écrire, d’un point de vue marocain, l’histoire de son pays au vingtième siècle.
Le second, présente une autre veine du cinéaste. Film sans paroles, il met en scène la ville de Casablanca de six heures du matin à midi, sur des rythmes de jazz.
► À lire : Ahmed Bouanani, L’Hôpital, DK éditions (éditions Verdier pour la France), 2012.

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21h30 > 22h30 | SALLE BECKETT
Lecture croisée : Mohamed Leftah, Mohamed Hmoudane :
une amitié littéraire

Mohamed Hmoudane (en arabe et en français) et Éric Valentin (en français).

« S’il est un trait de l’œuvre de Mohamed Leftah qui a frappé ses lecteurs, c’est bien la richesse de sa langue. Pour Mohamed Nedali, qui a entretenu avec lui une correspondance, son écriture est un “hommage à toute la littérature, pas seulement en langue française mais aussi en arabe”.
Leftah aimait les extrêmes : l’éloge, la célébration, la transfiguration de l’ordinaire en sublime, et la fièvre visionnaire, dérangeante et écorchée ; il faisait naître de grandioses fresques de l’alliance de ces deux pôles. Abou Nouass et Jean Genet. Ses deux maîtres. Deux amoureux comme lui d’une langue précieuse, puissante, chargée d’histoires et d’histoire. Une langue dont on s’enivre pour vivre d’artificiels paradis hors d’une réalité chaotique et cauchemardesque, pour transgresser le cours du temps dans de voluptueuses fulgurances – véritables “détonations”, selon les mots de Mohamed Hmoudane, qui a partagé avec lui l’amitié et une certaine fraternité d’expérience littéraire. » [Kenza Sefrioui]
L’œuvre de Hmoudane révèle de touchantes correspondances avec celle de Leftah, dans la force de sa langue. Ils s’étaient déjà rencontrés à Tanger il y a quelques années. On les retrouve aujourd’hui pour cette célèbration d’une fructueuse amitié littéraire marocaine. Mohamed Hmoudane lira en hommage à l’ami disparu, « Détonation », un texte extrait de Parole prise, Parole donnée (éd. de la Différence).
Dans cette lecture croisée, Éric Valentin, comédien et metteur en scène, et Mohamed Hmoudane, qui traduit actuellement le dernier livre de Mohamed Leftah, mêleront également leurs voix, en français et en arabe, pour nous rendre toute la beauté des textes de celui qui nous a quittés voilà quatre ans déjà.
► L’intégralité du texte de Kenza Sefrioui, « Mohamed Leftah n’est plus » est disponible sur le site babelmed.net
► À lire : de Mohamed Leftah : Ambre ou les Métamorphoses de l’amour, L’Enfant de marbre, Le Jour de Vénus, Au bonheur des limbes, Un martyr de notre temps, Demoiselles de Numidie, Hawa, Récits du monde flottant, Le Dernier Combat du captain Ni’mat, tous aux éditions de la Différence ;
de Mohamed Hmoudane : Parole prise, parole donnée (éd. de la Différence, 2007)
► Un extrait de la traduction du Dernier Combat du Captain Ni’mat, par Mohamed Hmoudane, paraîtra dans le prochain numéro de la revue littéraire tangéroise Nejma, fin septembre.

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SAMEDI 6 OCTOBRE

15h00 > 16h00 | OLD AMERICAN LEGATION
Évocation de Jack Kerouac
Bernard Comment (en anglais)
Lecture d’extraits par Bernard Comment (en français) et George Bajalia (en anglais)

Jack Kerouac a passé les premières années de sa vie dans une maison où l’on parlait le joual, c’est-à-dire le français des kanuks, ces canadiens immigrés dans le Massassuchetts. L’anglais était donc pour lui une langue étrangère, dont il entendait les sons sans forcément comprendre le sens. C’était la langue des sorties, de la rue, comme un bruit qui vous intrigue et vous berce. C’est peut-être dans ce rapport d’écoute qu’il faut chercher le fondement d’une « prose spontanée » où l’allitération et la prosodie jouent un rôle moteur, comme de longs chorus de jazz qui se déversent à toute allure sur le rouleau de papier engagé dans la machine à écrire.
Il est donc logique que Kerouac, figure emblématique de la littérature américaine, ait éprouvé toute sa vie une fascination pour la littérature française, européenne, et qu’il ait éprouvé le besoin de retrouver ses racines bretonnes, en France mais aussi à Tanger où il pouvait entendre à la fois la langue française (familiale et familière) et la langue arabe (un bain d’écoute, comme pour l’espagnol au Mexique).
N’oublions pas que jusqu’à la dernière minute, Kerouac a hésité entre le joual et l’anglais pour écrire On the road – dont les premiers jets sont en joual.
Quel meilleur lieu que Tanger pour entendre cette question de la langue ?
Bernard Comment retracera cette formation linguistique et culturelle qui font de Kerouac un des écrivains les plus importants et fulgurants du vingtième siècle ; il fera entendre sa voix, lira certains textes en français, et Georges Bajalia lire des extraits de l’œuvre de Kerouac en anglais.
Un festin nu.

ENTRÉE LIBRE

 

Jack Kerouac spent the first years of his life only speaking Joual, the French-Canadian language of his parents, Canadian immigrants to Massachusetts. English was therefore a foreign language for him, the sounds of which he heard without necessarily understanding their meaning. It was the language of going out, of the street: a noise which intrigued you and moved you. Possibly because of this relationship to English primarily through listening he had to search for the basis of a “spontaneous prose” where alliteration and prosody play a central role, as though he took long jazz improvizations and poured them at full speed onto the roll of paper in his typewriter.
It is therefore logical that Kerouac, an emblematic figure in American literature, would feel all his life a fascination for French and European literature, and that he would feel the need to recover his Breton roots in France but also in Tangier, where he could listen simultaneously to French (domestic and familiar) and Arabic (immersive, like Spanish in Mexico).
We should not forget that up until the last minute, Kerouac hesititated between using Joual or English for writing On the Road, of which his first stabs were made in Joual. What better place than Tangier to consider this question of language? Bernard Comment retraces Kerouac’s linguistic and cultural development which made him one of the most important and influential writers of the twentieth century. Comment will have us listen to his voice, read selected texts in French, and have us read examples of Kerouac’s work in English.
A naked lunch.
(Translated by Janell Rothenberg)

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16h30 > 18h00 | GALERIE DELACROIX
Conversation : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi »
Pascal Quignard et Emmanuel Hocquard

Emmanuel Hocquard
« Ainsi, la notion de jadis peut désormais fournir l’outil conceptuel qui faisait jusqu’ici défaut aux amateurs de nostalgie, laquelle peut enfin être revisitée autrement que du seul point de vue psychologique et introspectif d’un sujet malade de son passé. »
[Article sur Sur le jadis, in ccp (cahier critique de poésie) n° 5, cipM, 2003]

 

Pascal Quignard
« Chantal Lapeyre-Desmaison : Et d’abord, comment devient-on écrivain ? […] Dans Un privé à Tanger, Emmanuel Hocquard évoque la naissance de l’écriture à partir de la redécouverte d’un premier livre de lecture, qui impose à celui qui dit je un exercice inattendu : une véritable lecture à nu. […] “C’est à partir de là que je me suis risqué à écrire pour de bon.” Existe-t-il pour vous un événement qui inaugure l’écriture ?
Pascal Quignard : Je suis incapable de répondre. Je ne crois pas. […] Tout ce que je peux dire de concret en songeant à votre question, c’est que j’ai beaucoup aimé Emmanuel Hocquard dans les années soixante-dix. Je l’ai tellement aimé que c’est un vrai plaisir de prononcer son nom. »
[In Pascal Quignard le solitaire, Rencontre avec Chantal Lapeyre-Desmaison, Flohic, 2001]
► À lire : Emmanuel Hocquard, Une grammaire de Tanger, 5 volumes, cipM, 2008-2012, (Terrasse à la kasbah, Une grammaire de Tanger, Les Babouches vertes, Les CoquelicotsAvant).
Pascal Quignard, Les Désarçonnés, Grasset, 2012.

ENTRÉE LIBRE

 

18h30 > 20h00 | CINÉMATHÈQUE DE TANGER
○ Conversation : Rencontre au bord de la Méditerranée
Mathias Énard & Khaled Al Khamissi
Modératrice : Kenza Sefrioui

Ladhkar a dix-huit ans, il vit à Tanger. Désavoué par sa famille, il est recueilli quelque temps par des islamistes avant de fuir jusqu’à Barcelone. Rue des Voleursest « un roman d’aventures, de l’aventure tragique du monde d’aujourd’hui. On y croise des jeunes qui rêvent d’un avenir meilleur, d’autres qui ne rêvent plus (…) et des livres, beaucoup de livres, qui restent, en définitive, avec le feu, la seule façon de combattre les ténèbres », dit Mathias Énard, qui a écrit avec brio cette histoire dans l’urgence, mû par la nécessité de témoigner du monde bouleversé par les révolutions arabes.
Dans L’Arche de Noé, Khaled Al Khamissi campe douze personnages, hommes et femmes, dont les destins se sont croisés avant ou après avoir émigré ou tenté de le faire. À travers eux est révélée une société minée par la corruption, la répression politique, les discriminations confessionnelles ou ethniques. Une société sur le point d’exploser. À la lumière des événements de 2011 en Égypte et dans le monde arabe, ce second ouvrage de l’auteur de Taxi frappe par sa puissance prémonitoire. « J’ai contemplé les yeux de ma fille et j’ai décidé d’écrire les histoires de ceux qui ont rattrapé l’arche de Noé et ceux qui se préparent à le faire. »
Les deux auteurs ont en commun un talent de narrateur propre à emporter le lecteur dans des récits qui explorent l’histoire récente et disent le désenchantement du monde. Entre l’Espagne, le Maroc et l’Égypte, une rencontre entre deux amoureux des langues et des cultures méditerranéennes.
► À lire : Mathias Énard, Rue des Voleurs, éditions Actes sud, 2012 ; Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, éditions Actes sud, 2010.
Khaled Al Khamissi, Taxi, traduit de l’arabe par Moïna Fauchier Delavigne et Hussein Emara, éditions Actes Sud, coll. « Babel », 2011 ; L’Arche de Noé, traduit de l’arabe par Soheir Fahmi et Sarah Siligaris, éditions Actes Sud, 2012.

ENTRÉE LIBRE

 

20h00 | PLACE DE LA KASBAH
○ Lecture : Le Jour du malheur
D’après Le Pain nu de Mohamed Choukri
Compagnie Mémoires d’avenir/Dakirat Al Mostakbal (en arabe et en français)

« Que se passe-t-il ? J’ai vu des gens courir, c’est tout.
– Tu n’as pas entendu de coups de feu ?
– Si, mais un bruit lointain. Que s’est-il passé ?
– Les forces de l’ordre tirent sur les Marocains.
– Et pourquoi ?
– À cause de l’anniversaire du 30 mars.
– Avec quoi se défendent les Marocains ?
– Des pierres. »
[extrait du Pain nu de Mohamed Choukri, trad. Tahar Ben Jelloun, Seuil, 1997]
L’un des objectifs affichés de la coopérative artistique Mémoires d’avenir est de rendre accessible l’art, la culture et l’histoire, à tous les Marocains, en tentant de combler le vide entre les élites et les milieux populaires. Le choix d’un extrait du Pain Nu de Mohamed Choukri relatant les événements méconnus de mars 1952 – date anniversaire du Protectorat qui aurait dû être également celle de sa fin -, comme support de lecture publique dans les quartiers du petit et du grand socco, et aux abords de la place du Méchoir, correspond à cette volonté de rendre aux Tangérois leur histoire, leur patrimoine et leur mémoire.

EN PLEIN AIR ET GRATUIT

 

21h00 > 22h00 | MUSÉE DE LA KASBAH
○ Lecture musicale : Femme disant adieu
Pascal Quignard, accompagné au piano par Lorenda Ramou

L’héroïne du roman de Pascal Quignard, Villa Amalia est pianiste et compositrice. Son nom est Ann Hidden. Elle consacre ses loisirs à faire des réductions musicales : elle transcrit pour le piano les musiques qu’elle aime. Lorenda Ramou, pianiste, a imaginé ces condensations sonores à partir d’œuvres de Haydn, Beethoven, Couperin, Purcell, Gluck, Bach, Schubert…
Le projet, conçu par Pascal Quignard et la pianiste Lorenda Ramou, est une transcription de Villa Amalia : lecture musicale d’un texte inédit inspiré du roman. Un échange subtil entre musique et voix. Une traversée tout en nuances des univers musicaux explorés par le texte.
Après l’adaptation du livre au cinéma par Benoit Jacquot avec Isabelle Huppert (2007), Villa Amalia donne naissance à Femme disant adieu : une œuvre nouvelle, à la frontière des genres.
La traduction du texte Femme disant adieu sera disponible en arabe et distribuée aux spectateurs.
« Femme disant adieu » a été créé au Salon livres et musiques de Deauville en avril 2012, et a été repris au festival Passages de témoins à Caen, en partenariat avec le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris.
► À lire : Pascal Quignard, Villa Amalia (éd. Gallimard, coll. « Folio », 2006).

BILLETTERIE : 50 dh

 

Jeudi 4
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DIMANCHE 7 OCTOBRE

12h00 > 14h00 | JARDIN SUSPENDU DU MUSÉE DE LA KASBAH
Rencontre
Juan Goytisolo et Aline Schulman (traductrice)
Modérateur : Omar Berrada

Juan Goytisolo, après avoir évoqué les liens entre littérature et politique avec le philosophe Ali Benmakhlouf, puis s’être entretenu avec son jeune confrère Juan Francisco Ferré, nous fait l’honneur d’un troisième événement pour ces premières Correspondances de Tanger. S’il y parlera encore de son « métier », c’est sous un tout autre angle. Aline Schulman, avec qui il s’entretiendra est en effet devenue, au fil des années, sa traductrice attirée en français. De Don Julian à État de siège en passant par Jean sans terre, ou L’exilé d’ici et d’ailleurs, c’est elle qui a dû trouver les mots pour faire entendre sa voix dans la langue de Molière et de Genet et le rendre accessible à tout le monde francophone. Également romancière, elle aime à dire que c’est des auteurs avec lesquels elle a l’habitude de travailler qu’elle a appris « à définir ce qu’est véritablement la fidélité à un texte – qui n’a rien à voir avec la littéralité ». Leur conseil : « Dis ce que tu veux dire, pourvu que ça sonne bien, que le rythme soit juste. »
► À lire : de Juan Goytisolo traduits par Aline Schulman : Makbara (éd. Fayard), Paysages après la bataille, (éd. Fayard), Don Julian, (éd. Gallimard), Juan sans terre (éd. du Seuil), État de siège (éd. Fayard), Les Vertus de l’oiseau solitaire (éd. Fayard), Trois semaines en ce jardin (éd. Fayard), Et quand le rideau tombe (éd. Fayard), L’Exilé d’ici et d’ailleurs (éd. Fayard)…
► Autres traductions par Aline Schulman : Miguel de Cervantes, L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche (éd. du Seuil, 1997) ; Fernando de Rojas, La Célestine. Tragi-comédie de Calixte et Mélibée, (éd. Fayard, 2006), Carlos Fuentes, Le Bonheur des Familles (éd. Gallimard, coll. « Folio », 2010)…

ENTRÉE LIBRE

 

15h30 > 17h30 | CINÉMATHÈQUE DE TANGER
○ Projection : Je sousssigné, Ahmed Séfrioui de Nabyl Lahlou
En présence du réalisateur

« Aujourd’hui, mercredi 25 février [1994], Abdessalam-François Sefrioui téléphone à la maison pour annoncer à ma femme, Sophia Hadi, que celui qui fut pour elle un parrain et un second père vient de mourir.
Ahmed Sefrioui est mort.
Aujourd’hui, mercredi 25 février, à 6 heures du matin, à l’âge de 89 ans. Il est monté au ciel rejoindre tous les justes et les humbles qui ont fait et font la grandeur et la valeur de l’Homme et de l’humanité.
Aujourd’hui, mercredi 25 février, à 11 heures 45, je rends visite à un jeune homme, brillant, intelligent et patron d’un magazine non moins brillant et intelligent, pour lui demander de parler dans son magazine d’Ahmed Sefrioui. Très sincèrement et très honnêtement, le jeune homme, brillant, intelligent et patron d’un magazine non moins brillant et intelligent, me regarde interloqué et me balance froidement : “Je ne connais pas cet homme. Qui c’est, Ahmed Sefrioui ?”
[Extrait de Nabyl Lahlou,« Un juste nous a quittés »]
C’est pour ce « sympathique jeune homme » et pour pour toutes celles et ceux qui ne connaissent pas le nom d’Ahmed Sefrioui ou qui n’ont jamais entendu parler de ses romans et de son engagement en faveur du patrimoine marocain que Nabyl Lahlou a réalisé ce documentaire en 1994.
Ahmed Sefrioui, né à Fès en 1915, de parents berbères, fut l’un des principaux initiateurs de la littérature marocaine d’expression française. Il a occupé plusieurs hauts postes administratifs, d’abord aux Arts et métiers de Fès, conservateur du musée, puis à la Direction du tourisme de Rabat. Il est mort en 2004.
On peut citer parmi ses œuvres les plus célèbres : Le Chapelet d’ambre (Seuil, 1949) mais surtout La Boîte à merveilles (éd du Seuil, 1954) roman ethnographique, où l’on découvre la ville de Fès, à travers le regard d’un petit garçon.
► Le texte écrit par Nabyl Lahlou au lendemain de la mort d’Ahmed Sefrioui, « Un juste nous a quittés », est disponible dans son intégralité sur le site : www.maroc-hebdo.press.ma.

ENTRÉE LIBRE

 

16h00 > 17h00 | GALERIE DELACROIX
○ Rencontre/lecture avec les poètes du CIPM
Danielle Mémoire et Abdallah Zrika
Modératrice : Lola Créïs

Le CIPM, centre international de poésie, Marseille, se présente lui-même comme un « Lieu de création et de diffusion de la poésie contemporaine » organisant, parmi ses nombreuses autres activités, colloques, actions de sensibilisation, résidences d’écrivains ou ateliers de traduction. Abdallah Zrika et Danielle Mémoire font partie des quelque 2000 auteurs qu’il a accueilli.
Pour les présenter, nous laisserons la parole à Caroline Sagot-Duvauroux, elle aussi poète et membre du CIPM :
« Les mots sont des choses dit Abdallah Zrika, resserrant ses vocables autour de l’âpreté de vivre. Mais dans ce difficile qui est le chemin, le papillon, l’instant glorieux, jamais ne sont négligés. C’est qu’il faut la vitalité toute entière, révolte, vertige et résolution pour envisager ce qu’envisage le poème : la liberté dans le dénuement de la phrase. Rien n’est sans doute assez pauvre ni seul pour dire ce qui est, mais la langue continue de s’inventer de la rue et de l’art, de l’admiration et du refus. Ici pas de problème nous en touchons le désordre et le grain. »
« Avec une quinzaine de livres chez P.O.L, Danielle Mémoire constitue comme à rebours de ses propres avancées une sorte de journal du récit, voire de la pensée. Une forme naît de la déroute du texte et de son plaisir. On avance parmi les objections, les empêchements, on y perd ses souliers avant de les considérer, les rechausser, marcher. On y marche d’allure traquenarde. C’est drôle, effrayant, bête. L’enrayement d’une mécanique inscrit le récit qui parcourt les mille directions qui s’échappent d’un angle et l’encombrent. Un processus philosophique bute à lui-même, se joue de lui, s’entête et distribue ses doutes en personnages qui sont des noms, des mots, des boutures d’écrire. Bref, on rit, on tâtonne, on reprend ce qu’on vient de penser, on continue ça va, c’est ça la littérature. »
► À lire : Abdallah Zrika, La Colombe du texte, traduit de l’Arabe par l’auteur, coll. « Le Refuge », cipM, 2003
Tanger / Marseille, Un échange de poésie contemporaine, (avec : Yassin Adnan, Mehdi Akhrif, Jean-Michel Espitallier, Emmanuel Hocquard, Claude Royet Journoud), coll. Import/Export, cipM, 2004.
► de Danielle Mémoire : Prunus spinosa (éd. P.O.L, 2006), En attendant Esclarmonde (éd. P.O.L.) 2009, Le Cabinet des rebuts (éd. P.O.L., 2011).

ENTRÉE LIBRE

 

17h30 > 20h00 | CINÉMATHÈQUE DE TANGER
○ Projection : Les Années de l’exil de Nabyl Lahlou
Film adapté du roman de Driss Chraïbi, Une enquête au pays
En présence du réalisateur
Modérateur : Abdeslam Kadiri

Nabyl Lahlou, né en 1945 à Fès, est un réalisateur iconoclaste et dérangeant. À tel point que ses films ont été interdits pendant plusieurs années. Il a d’abord étudié l’art dramatique à l’École Charles-Dullin et à l’Université du Théâtre des Nations, en France. Au début des années 1970, il enseigne le théâtre en Algérie et collabore avec le Théâtre National Algérien. De retour au Maroc, il continue à écrire et à produire des pièces de théâtre en français et en arabe, puis se tourne vers le septième art. Longtemps censuré, son cinéma est engagé, produit avec un minimum de moyens, et totalement personnel.
Les Années de l’exil, adapté du roman de Driss Chraïbi, Une enquête au pays, retrace les aventures de deux policiers – l’inspecteur Ali et son supérieur –, en mission dans une zone rurale retirée. Leur but : s’emparer d’un individu prétendûment subversif qui se cache dans la montagne.
Si le ton est parfois burlesque, c’est bien de résistance qu’il est question tout au long du livre comme du film. De résistance à la répression et à la violence ainsi que de la façon dont la domination sur les plus défavorisés s’installe et se perpétue.
BILLETTERIE : 20dh

 

18h30 | PETIT SOCCO
○ Lecture : Le Jour du malheur
D’après Le Pain nu de Mohamed Choukri
Compagnie Mémoires d’avenir/Dakirat Al Mostakbal (en arabe et en français)

« La police commence à tirer sur la foule, dit Kebdani.
Des cris. La panique. La vitrine du Rex est brisée. Les manifestants armés de pierres viennent dans notre direction. Les enfants et les femmes crient, hurlent. Les magasins sont abandonnés.
Kebdani me tira par le bras :
– Viens. Barrons-nous avant de recevoir une balle.
On se cacha derrière le comptoir d’un juif changeur de monnaies. Des coups de feu. Des éclats de verre. Tout près de nous un homme gisait dans son sang. Un policier marocain courait, son revolver à la main.
– Baisse la tête, il ne faut pas nous faire repérer, dit Kebdani. »
[extrait du Pain nu de Mohamed Choukri, trad. Tahar Ben Jelloun, Seuil, 1997]
Après un première représentation sur la place de la Kasbah, la coopérative artistique Mémoires d’avenir reprend sa lecture du Jour du malheur d’après le premier grand livre de Mohamed Choukri, Le Pain nu.

EN PLEIN AIR ET GRATUIT

 

20h00 | GRAND SOCCO
○ Lecture : Le Jour du malheur
D’après Le Pain nu de Mohamed Choukri
Compagnie Mémoires d’avenir/Dakirat Al Mostakbal (en arabe et en français)

« Regarde à travers cette fente. Tu vois bien ?
– Oui, je vois bien, mais tais-toi.
La foule dans la panique. Un jeune gars voulait se cacher à nos côtés. On le mit dehors. Deux autres gars aidèrent un troisième à monter sur le toit d’une boutique. Les coups de feu s’approchaient de plus en plus de notre cachette. Le cri d’un homme abattu.
– Ils viennent d’en tuer un autre, fit remarquer Kebdani.
– J’entends et je vois !
Un policier apparut avec une mitraillette. Le gars sur le toit s’abattit sur lui. Le policier avait le visage par terre pendant qu’il se faisait tabasser très violemment. »
[extrait du Pain nu de Mohamed Choukri, trad. Tahar Ben Jelloun, Seuil, 1997]
Dernière représentation en plein air du Jour du malheur et dernière opportunité pour ceux qui n’ont pas eu la chance d’assister aux deux premières, d’entendre les mots de Mohamed Choukri résonner dans la ville qu’il n’a jamais voulu quitter.

EN PLEIN AIR ET GRATUIT

 

21h00 > 22h30 | CINÉMATHÈQUE DE TANGER
○ Concert littéraire : Halqa
Dick Annegarn et Yassine Sidibis

Halqa est présenté, par ses auteurs mêmes, comme un spectacle barbaro-berbère.
Les halqas, ce sont ces cercles de la place Jamaâ El Fna de Marrakech et de presque tous les souks et gares routières.
C’est dans leur esprit que Dick Annegarn (guitare et chant), accompagné par Yassine Sidibis, (percussions et chant), propose chansons, contes et histoires nourries de sa connaissance du pays. Car si Yassine Sidibis est d’Agadir, Dick Annegarn est, lui, presque marocain. Depuis 20 ans il y habite une partie de l’année et fréquente régulièrement des musiciens berbères. Il a écrit de nombreuses chansons en rapport avec le Maroc et les traditions orales (Où es tu Mohand ?, Soleyman, Est ce que c’est loin, Gilgamesh, Rabbi Jésus, Rhapsode, etc). Avec les Amis du Verbe, il anime en outre, tous les jeudis, la place du Capitole de Toulouse comme une place marocaine.
Avec ce nouveau spectacle, c’est à une visite à travers légendes, épopées et thèmes populaires, réécrits par le Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres qu’est le jeune chibani Dick Annegarn, que nous sommes conviés.
► À écouter : Dick Annegarn, « Folk talk », Tôt ou tard, 2011

 

BILLETTERIE : 50 dh